
Le Voyage par Zou-Artiste-Peintre
Un peu de sourire dans la grisaille de l’actualité, dans cette campagne présidentielle où rien ne pousse (en fait, rien ne germe sur cette terre aride), dans cette journée pluvieuse.
Avez-vous déjà pris un vol Ryanair ? Oui, sûrement, puisque c’est aujourd’hui la compagnie "pas chère" (cela reste à prouver) et, en nombre de passagers, dépassant British Airways.
Pour ceux qui ne connaissent pas (et les autres, cela vous rappellera de bons souvenirs), voici quelques informations importantes à prendre en compte avant votre voyage.
Si vous aimez le jaune et le bleu, pas de souci, si vous préférez le bleu doux d’Air France ou le jaune ensoleillé d’Iberia, vous devrez prendre des lunettes de soleil hyper mode et surtout teintées pour adoucir la sensation quelque peu perturbante et le vertige que cela peut provoquer.
N’oubliez pas de vous enregistrer en ligne 15 jours avant (pas avant) ni d’imprimer vos papiers pour le check in avant de partir, sinon, tatata 40 euros à Charleroi.
Une fois arrivé à proximité de l’aéroport de Bruxelles Sud-Charleroi, échauffez-vous. La parking pas cher est à quelques centaines de mètres à pied, avec un peu de chance, il ne pleuvra pas et vous pourrez marcher à découvert en évitant la boue. Les bottes sont inutiles, les flaques sont peu profondes et avec l’épuisement on ne sent pas l’humidité monter le long de la jambe. Et puis les enfants adorent sauter dedans.
Reprenez votre souffle en faisant la queue au café de l’aéroport, une petite demie-heure suffira à vous relaxer et accéder au comptoir. Préparez tout de même quelques euros, le café est assez cher au litre à cet endroit.
Viendra alors le moment tant attendu de se débarrasser de vos bagages. Les enfants seront sans aucun doute déjà un peu fatigués, donc énervés, et si ce n’est pas le cas, comptez sur les enfants des autres voyageurs. Les personnes agenouillées au guichet ne font pas la prière malgré le ramadan en cours : elles vident l’excédent de poids de leur bagage pour éviter une surtaxe de 50 euros au kilo et transfèrent celui-ci dans leur bagage cabine (voir plus loin).
Sur les vols Ryanair voyagent des gens qui ne savent pas voyager. Munissez-vous de votre plus beau sourire zen, de votre détachement le plus grand et de toute la compassion dont vous êtes capables pour faire la queue à la sécurité, où vous serez contrôlés au moins 4 fois.
Le premier contrôle est sans souci, un gros noir ou une déesse belge blonde vous accueillera avec un grand sourire, scannera votre billet et vérifiera avec une rigueur exemplaire si votre bagage cabine rentre dans le casier de mesure. Ne vous étonnez pas de voir encore une fois des drôles de gens faisant au sol un massage violent à leur bagage ouvert, et oubliant çà et là sur le sol un string léopard ou un ours en peluche (: il FAUT que ça rentre, et il FAUT que cela ne pèse pas plus de dix kilos, et il FAUT un seul bagage et pas deux. Sinon, vous ne passez pas et devez refaire la queue pour enregistrer votre bagage cabine. Restez positifs : personne ne vous regarde, et tout le monde fait la même chose. Si tout va bien on vous invitera à passer à l’épreuve suivante de Fort Charleroi : le contrôle des bagages cabine.
Ici se trouvent mélangés des petits vieux, des baba cools, des familles nombreuses, des japonais égarés, quelques gens normaux irrepérables et des étudiants avec des petits sac à dos. Mention spéciale pour eux : ils gardent leur sac sur leur dos, donc quand ils se retournent, reculent ou changent de file, vous les avez dans le nez. Leurs sacs à dos. Certains prennent l’avion pour la première fois et vivent le syndrome de la découverte Ryanairoise : Mon passeport où est-il ? Tu as la carte d’embarquement ? Je t’avais dit qu’il fallait mettre moins de choses ? Je suis perdu, y a quelqu’un ? Il faut faire la queue combien de temps ? Y a un numéro de siège ? Quoi, il faut que j’enlève mes chaussures ? et plein de choses subtiles du genre. Mais les belges sont disciplinés et patients, donc pas d’inquiétude, tout est normal. Quant aux français, de leur humour délicat, ils crient à la cantonade "mais où est le père fourras ?" (Rires)
Un temps incalculable plus tard (ça peut être très rapide quand même), vous posez votre bagage sur le tapis, passez le portique, cela fera bip (il y en a qui sonnent à chaque fois), donc on y retourne, on sort TOUTE la monnaie des poches, on enlève la ceinture, la montre, éventuellement le soutien gorge à armature multi renforcée et la gaine, les chaussettes, parfois les tongs (çà, c’est moi)… si un enfant sonne, on ne rougit pas de voir les peluches de leur sac étalées sur le tapis, et surtout on reste souriant et aimable.
Contrôle des passeports, regard aiguisé et métallique du douanier belge, non vous n’êtes pas (encore) coupable, don’t worry. Et vous êtes heureux : vous n’êtes pas dans un aéroport flamand mais wallon, donc légèrement plus cool.
Enfin ! Le duty free, le café de la salle d’embarquement, les croissants et les sandwiches, dans un confort et un silence remarquable dignes du lounge d’Air Zaïre. Vite, s’assoir… enfin partir à la quête d’un siège, et attendre sagement en observant les mêmes gens s’agglutiner au comptoir de l’hôtesse, qui n’est pas là. Premier arrivé, premier servi. Autrement dit mieux vaut attendre debout au comptoir qu’assis loin du comptoir. Ryanair, c’est le bus de l’air, on se serre au fond et on s’assoit où on peut sauf sur les genoux de l’hôtesse (attention !, elle sont redoutables de séduction et de kilos).
L’annonce libératrice se fait entendre, écoutez bien c’est en flamand et en français parlé flamand, ne la loupez pas il n’y en a qu’une. De toute façon, le vrai signe est celui du lever de voyageurs, vous sentez une vague rapide se concentrer et compresser les gens qui sont restés debout près du comptoir.
Tout est en ordre ? Ressortez votre passeport, gardez les enfants près de vous et attendez qu’on vous dise de bouger. Dernier contrôle, on déchire votre feuille d’embarquement avec une règle (un vieux souvenir de l’école) et hop la marée se dirige vers le tarmac où vous allez affronter stoïquement la pluie et le vent une dernière fois pour rejoindre l’aéronef bleu et jaune. Ressortez vos lunettes teintées.
Après avoir couru pour arriver le premier dans l’escalier, vous attendrez encore un peu sur les marches, ce n’est pas Cannes mais les tropiques canariennes ou tunisiennes qui se profilent. En haut, un bonjour incompréhensible mais libérateur vous sera adressé avec le sourire par l’hôtesse, qui vous demandera votre carte (enfin votre bout de papier déchiré) d’embarquement. Un coup de stylo et sonnez trompette, vous êtes dans l’avion.
Vous pourrez vous familiariser plein de langues étrangères : finlandais, italien, espagnol, anglo-irlandais… . L’équipage, toujours sympa, vient de partout sauf de France. Remarquez les gens trop petits qui n’arrivent pas à mettre leur bagage dans le casier, aidez-les, cela vous évitera de prendre dans le nez leurs bourrelets dépassant de leur chemisier trop court qui est vraiment trop court quand ils lèvent les bras au ciel.
Après cette vénération au dieu Ryan, ne restez pas les bras en l’air et asseyez-vous où vous voulez (pouvez) sauf aux rangées 3 et 4, allez savoir pourquoi. Vous êtes assis sur de magnifiques sièges en cuir bleu (si si en cuir). Vous aurez donc tout le plaisir d’écouter avec attention… les publicités et les coups de trompette avant le décollage, accessoirement les consignes de sécurité.
Si le vol part à l’heure, il arrivera à l’heure. S’il part en retard (souvent) il arrivera à l’heure quand même. Entre temps, profitez de votre détente, et appréciez les nombreuses propositions qui vous seront faites : cartes à gratter pour gagner le million Ryanair, cartes de téléphone Ryanair, boutique pas cher Ryanair, sandwiches chauds, pizzas et café Ryanair, magazine Ryanair (très bien fait). Sur un vol de 4 heures, cela distrait.
Dernier mot d’ordre pour le vol : anticipez. Si vous avez besoin d’aller aux toilettes. Il y a souvent la queue et pas beaucoup de toilettes (ceci explique sans doute cela).
Si vous arrivez à l’heure, trompette ! "Another Ryanair ontime flight". Bravo au pilote, qui sera largement applaudi et bénéficiera de l’hommage criant de la foule en liesse. Et des français qui oseront une blague du genre "a ebn jamais j’aurais cru qu’il y arriverait". (Rires)
Aéroport, récupération des bagages, rapide, et en avant pour le soleil.
Au retour, c’est comme à l’aller, la pluie en moins, sauf à l’arrivée.
Voilà, Ryanair est une expérience inoubliable, efficace, souriante et rapide.
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